Je suis devenu artiste par hasard. Mais j'y suis resté par conviction et par passion.
Aussi loin que je me souvienne, je n'avais pas ça en tête. Ni rien d'autre, d'ailleurs. Ah si ! Les chevaux. Je rêvais d'être un grand cavalier. Ça a duré dix ans. Puis, faute de pouvoir vivre cette passion, les chevaux sont sortis de ma tête, doucement.
La peinture est arrivée sans prévenir. Une expérimentation. Un moyen de décorer mon appartement. Une façon de m'évader. Une catharsis, aussi.
Mon premier maître a été Maurice Estève, peintre de l'École de Paris. Très vite, d'autres sont venus : Poliakoff, Alechinsky, Lanskoy, Cathelin, de Staël, Le Moal, Debré, et tant d'autres.
À une époque, je me suis même mis à collectionner les magazines Vogue. Je cherchais l'inspiration dans les mises en scène des mannequins. Pendant des mois, un mur entier de mon atelier était tapissé de ces icônes de la mode. Parfois, devant une toile terminée, je me disais : c'est bizarre, j'ai déjà vu ça quelque part.
Je ne m'en suis jamais inspiré directement. Je les ai laissées entrer tranquillement dans mon esprit, sans m'en rendre compte.
Puis il y a eu Passagère du silence, de Fabienne Verdier. Je suis devenu un vrai fan de son œuvre. Et surtout, à partir de ce livre, j'ai pris ma peinture à bras-le-corps.
Pendant longtemps pourtant, je ne me suis pas senti légitime. Trop autodidacte. Trop loin du schéma classique.
Alors j'ai développé une peinture complètement instinctive. Je ne suis pas les modes. Je ne cherche pas à plaire. Je ne peux pas m'enfermer dans une voie, sinon je m'emmerde. Ce qui m'intéresse, c'est la vie qui peut éclore au bout de mon geste. Et l'énergie qu'elle transmet.
Tant pis si aujourd'hui je me dis parfois que j'aurais dû faire autrement. Je suis sacrément reconnaissant d'avoir eu la chance de raconter cette histoire jusqu'ici.
Rilke disait en substance qu'être artiste, c'est refuser de compter. Grandir comme un arbre qui prend son temps, qui tient bon dans les tempêtes, sans jamais douter que l'été finira par arriver. Je m'accroche à cette idée.
Frank Jons, artiste peintre abstrait, Luxembourg