En 1986 au Grand Palais, l'exposition qui est consacrée au peintre Maurice Estève me subjugue. C'est certes une peinture sage mais l'harmonie des couleurs me fascine. On sent que rien n'est hâtif, que tout vient avec la patience de celui qui sait attendre que le fruit soit bien mûr.

Comme il le dit lui même :

« Effacée, reprise, grattée, l'œuvre est constamment remise en question, loin de toute improvisation, jusqu'au moment où elle se présente à mes yeux comme un objet naturel fécondé par l'homme ».

Quand je bossais en tant que trésorier d'entreprise, j'ai fait beaucoup « d'Estève » jusque tard dans la nuit, après le boulot. Je peignais à l'huile à l'époque et le mélange de l'odeur de l'essence de térébenthine et des gorgées de whisky faisaient un combo parfait ! Le lendemain au bureau j'avais souvent ces réflexions : Dis donc Frank, tu as vu ta tronche ? Tu as fait quoi la nuit dernière ?

Après Estève, je suis allé vers Poliakoff, Alechinsky, de Staël et puis d'autres. Mais je n'étais pas peintre. C'était un hobby. Puis je me suis émancipé et les circonstances de la vie m'ont conduit à faire le choix de le devenir.

Je terminerai par ces mots d'Estève, empruntés dans le catalogue d'une de ses expositions à la Galerie Louis Carré.

« Qu'importe si tout ou partie des moyens employés par un peintre appartient à ses devanciers. La plus grande, la plus authentique originalité n'est pas la découverte de procédés ou manière nouvelle, mais la nuance d'une vision, née d'une rencontre entre l'utilisation inattendue de procédés traditionnels et la naïveté, la fraîcheur d'une sensibilité particulière encore inexprimée ».

Frank Jons, artiste peintre abstrait, Luxembourg