En 2008, j'ai croisé Claude Viallat. Vernissage dans une galerie, ici au Luxembourg. Je venais de commencer à exposer. Lui avait cofondé Supports/Surfaces presque quarante ans plus tôt.
J'avais un livre sur son travail. Je lui ai demandé une dédicace.
Sur la photo, je ressemble à un gamin devant un homme qui sait. C'est exactement ce que j'étais. Je voulais savoir comment on tient toute une vie d'artiste. S'il avait douté. Souvent. Beaucoup. Il était humble, simple, généreux avec son temps.
Ce qui me frappe encore aujourd'hui, c'est qu'il a utilisé la même forme pendant plus de cinquante ans. Et qu'il a quand même réussi à se renouveler sans arrêt avec elle. J'ai compris ce jour-là qu'il fallait très peu de choses pour rester créatif.
Il y a quelques années, j'animais une activité d'arts plastiques en extra-scolaire. Le thème : créer à la manière de. J'ai souvent pris Viallat avec les enfants. Sa forme est ludique. Elle se refait sur n'importe quel support, papier, tissu, toile, mur. Avec n'importe quel médium, peinture, pastel, craie. Au sol, sur une table, sur un mur. Les enfants s'en emparent tout de suite.
J'ai refait l'exercice en team building avec des salariés d'une banque. Et là, ça devient intéressant. Des adultes perdent leurs repères. On revient à l'école. On regarde ce que fait le voisin, on copie, on s'inquiète du regard des autres.
Plus tard, dans un hangar, sur un mur de plus de 8 mètres, la Ville de Luxembourg a invité le public à participer. J'ai repris Viallat. Mais cette fois, je voulais ramener tout le monde dans la cour de récré. À la craie, comme à l'époque des billes. Enfants et adultes ont peint ensemble une fresque entière. J'ai vu des adultes émerveillés par ce qu'ils étaient en train de faire. Ils m'ont dit que ça leur faisait du bien d'être libres.
C'est peut-être ça, être artiste. Donner envie aux gens d'essayer, de découvrir d'autres artistes, et de se sentir libres.
Frank Jons, artiste peintre abstrait, Luxembourg